| Constipation, colopathie fonctionnelle et diverticulose font l'objet de nombreuses consultations médicales et altèrent la qualité de vie des personnes qui en souffrent. Les pains riches en fibres peuvent contribuer à la prévention ou au traitement de ces troubles digestifs fréquents. | | |
Pain et constipation
| o Définition et épidémiologie En médecine générale, la constipation est un motif très fréquent de consultation de l'adulte et plus rarement de l'enfant. Sa prévalence est estimée à 35 %, les femmes étant 2 fois plus concernées que les hommes. On admet qu'une personne est constipée lorsqu'elle a moins de 3 selles par semaine. La constipation de l'adulte est en général idiopathique, elle est parfois associée à des troubles fonctionnels intestinaux. o Impact d'une supplémentation en fibres Dans la majorité des cas, la constipation peut être améliorée en augmentant la consommation de fibres alimentaires solubles et insolubles [1]. Il a été montré qu'une supplémentation en fibres alimentaires chez les personnes âgées permet de raccourcir la durée du transit intestinal [2]. L'efficacité d'une augmentation de l'apport en fibres alimentaires d'origine céréalière sur la durée du transit intestinal et sur le poids des selles a été démontrée dans des essais randomisés en double aveugle pour une dose de 20 g/j de son de blé [3] . L'effet d'un apport en fibres sur la symptomatologie liée à la constipation n'est toutefois pas retrouvé de façon constante. Ainsi dans une étude randomisée contre placebo, l'apport de 20 g de son de blé n'a pas permis d'améliorer la survenue et la sévérité des symptômes liés à la constipation malgré de la fréquence des selles et de la durée du transit [4]. Dans une autre étude, l'apport de 20 puis de 40 g de fibres de son de blé n'ont pas modifié la viscosité des selles ni les symptômes gastro-intestinaux subjectifs rapportés par les patients [5]. Il existe cependant un paradoxe : chez les personnes souffrant de constipation, l'apport quotidien spontané en fibres alimentaires n'est pas systématiquement inférieur aux taux recommandés. Ainsi dans une étude réalisée auprès de 38 enfants ayant une constipation chronique, seuls 18 % avaient un apport de fibres inférieur aux recommandations de l'American Health Foundation, et chez ces patients, la durée du transit intestinal et la fréquence des selles n'étaient pas corrélés significativement à l'apport en fibres [6]. De même, chez la personne âgée, le risque de constipation chronique semble plus lié à la ration calorique et à un faible apport hydrique qu'à l'apport en fibres [7]. Le mécanisme le plus fréquent de la constipation en gériatrie semble être la dyssynergie du plancher pelvien. L'apport en fibres ne peut bien entendu pas corriger cette anomalie. o En pratique Les fibres solubles sont présentes en quantité dans les fruits et légumes et les fibres insolubles dans le pain de son et le pain complet, dans les légumes secs et les fruits secs. En cas de constipation chronique, une augmentation de l'apport en fibres doit être conseillée systématiquement. - L'apport journalier recommandé doit atteindre 20 à 35 g par jour en augmentant progressivement l'apport de 5 g par jour chaque semaine pour éviter d'aggraver la symptomatologie digestive, principalement les ballonnements et les gaz excessifs [8]. La fermentation colique des fibres peut en effet contribuer aux troubles digestifs des patients colopathes puisqu'une partie des acides gras formés est éliminée sous forme de gaz rectaux. À noter que les fibres solubles sont les plus fermentescibles - Pour certains groupes de patients dont la constipation est très sévère conduisant à l'utilisation systématique de laxatifs, comme les enfants ayant de lourds retards développementaux, l'augmentation de l'apport diététique en fibres devrait être systématiquement proposée[9]. - L'absence de réponse à l'augmentation de l'apport alimentaire en fibres doit conduire à réaliser des investigations complémentaires à la recherche d'un dysfonctionnement spécifique [10].
[1] V Loening-Baucke : "Chronic constipation in children." Gastroenterology 105:1557-1564,1993 [3] D Badiali et coll : "Effect of wheat bran in treatment of chronic nonorganic constipation. A double blind controlled trial." Dig Dis Sci 40:349-56,1995 ET J McRorie et coll : "Effects of wheat bran and Olestra on objective measures of stool and subjective reports of GI symptoms." Am J Gastroenterol 95:1244-52,2000 [4]D Badiali et coll : "Effect of wheat bran in treatment of chronic nonorganic constipation. A double blind controlled trial." Dig Dis Sci 40:349-56,1995 [6] EV Guimaraes et coll : « Dietary fiber intake, stool frequency and colonic transit time in chronic functional constipation in children." Braz J Med Biol Res 34:1147-53,2001 [10] WA Voderholzer et coll : "Clinical response to dietary fiber treatment of chronic constipation." Am J Gastroenterol 92:95-8,1997 | | |
Pain et troubles fonctionnels intestinaux
| o Définition et épidémiologie La colopathie fonctionnelle ou troubles fonctionnels intestinaux (TFI) ou syndrome de l'intestin irritable est la pathologie intestinale la plus fréquente. Elle atteint 15 à 20 % de la population et touche deux fois plus de femmes que d'hommes. Bien que fonctionnelle, cette pathologie altère fortement la qualité de vie. Son traitement est difficile puisque 50 à 60 % des patients restent symptomatiques après 5 ans de suivi médical. o Son de blé et Troubles Fonctionnels intestinaux La constipation chronique est fréquemment associée à des TFI à type de colon irritable. L'augmentation de l'apport en fibres alimentaires reste-t-elle indiquée dans ce contexte ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de disposer d'études comparatives versus placebo en raison de la note subjective importante des TFI. - Dans une étude randomisée contre placebo ayant évalué l'efficacité d'un apport de 10 à 20 g/j de son de blé, les patients souffrant de troubles fonctionnels intestinaux ont rapporté des modifications du transit intestinal non corrélés aux mesures objectives aussi bien lors du régime enrichi en fibres que sous placebo [1]. - Dans un essai contre placebo ayant comparé l'ajout de 15 g/j de son de blé à l'alimentation habituelle chez des patients ayant un syndrome du colon irritable et chez des témoins sains, il a été noté que le son accélérait le transit de l'intestin grêle et la clairance du colon ascendant sans causer d'effets indésirables chez les témoins. - Chez des patients ayant un syndrome du colon irritable et souffrant de ballonnements, l'ajout de son a pas provoqué d'accélération du transit. Par contre l'apport de son a aggravé la symptomatologie douloureuse et les ballonnements [2]. - L'utilisation conjointe de pain de seigle et de laitages contenant du Lactobacillus GG semble permettre une diminution de la symptomatologie intestinale liée à l'augmentation de l'apport en fibres [3].
[2] JM Hebden et coll : "Abnormalities of GI transit in bloated irritable bowel syndrome:effect of bran on transit and symptoms." Am J Gastroenterol 97:2315-20,2002 [3] SM Hongisto et coll : "A combination of fibre-rich rye bread and yoghurt containing Lactobacillus GG improves bowel function in women with self-reported constipation." Eur J Clin Nutr 60:319-24,2006. | | |
Pain et diverticulose
| o Définition et épidémiologie La diverticulose colique est observée chez plus de 50 % des sujets de plus de 70 ans. On estime ainsi que 40 % des personnes de plus de 60 ans ont des diverticules coliques. La diverticulose est le plus souvent asymptomatique et découverte à l'occasion d'explorations du côlon, en général pour la recherche d'une tumeur ou pour des troubles fonctionnels intestinaux Sa principale complication est la diverticulite ou sigmoïdite. o Physiopathologie Les deux principaux facteurs étiologiques de la diverticulose sont un faible apport alimentaire en fibres et le vieillissement [1]. La responsabilité d'une insuffisance en fibres dans la genèse de la diverticulose est une hypothèse biologiquement plausible et soutenue par des données épidémiologiques [2]. Il existe une relation inverse entre d'une part la consommation en fibres insolubles , et plus particulièrement en cellulose, et d'autre part le risque de diverticulose colique [3]. o Fibres alimentaires et diverticulose C'est ainsi que les fibres alimentaires sont également recommandées dans la prise en charge de la diverticulose colique. À noter que les fibres insolubles sont généralement les mieux tolérées car moins fermentescibles. Un essai randomisé ancien a montré l'efficacité d'une supplémentation de son de blé pour diminuer la symptomatologie chez les patients souffrant de diverticulose [4]. Depuis aucun grand essai randomisé n'a été réalisé sur ce thème. Il existe cependant un consensus en faveur d'une alimentation enrichie en fibres alimentaires chez les patients ayant une diverticulose colique asymptomatique de découverte fortuite [5]. En cas de diverticulose symptomatique, un régime riche en fibres alimentaire est conseillé afin d'espacer les crises douloureuses [6].
[1] T Mimura et coll : "Pathophysiology of diverticular disease." Best Pract Res Clin Gastroenterol 16:563-76,2002 | | |
Pain et fibres
| Pour renforcer l'apport en fibres insolubles, notamment chez les patients souffrant de troubles digestifs, il est important de renforcer sa consommation de pains riches en fibres. Pour ajouter 5 g de fibres insolubles, on peut par exemple remplacer 100 g de baguette par 100 g de pain complet (environ 5 tranches fines coupées en boulangerie). Le pain complet, obtenu à partir d'une farine peu raffinée, est logiquement plus riche en fibres que le pain courant (baguette) ou le pain de mie. Le pain de campagne est intermédiaire. Lorsque l'on souffre de forte sensibilité digestive, il est recommandé de bien mastiquer le pain issu de farine très raffinée, de le manger lentement, de façon à bien imprégner son amidon de salive qui le pré-digère. De l'amidon insuffisamment prédigéré peut ne pas être assimilé et se retrouver dans le côlon où il est fermenté (risque de gaz). Éventuellement, il peut être utile de griller le pain pour le rendre plus digeste. | | |
Conclusion
| L'apport conseillé en fibres est de 25 à 30 g par jour [1]. L'apport spontané des Français est insuffisant, évalué entre 15 et 22 g [2]. Pour accroître cet apport, il faudrait donner la priorité aux aliments céréaliers complets (comme le pain complet), et consommer davantage de fruits et légumes (5 portions par jour) [3]. En cas de constipation chronique et de diverticulose, la consommation de pains riches en fibres céréalières est recommandé et doit être encouragée. | | | |